Et si Noël n’était pas une exclusivité chrétienne ? Une fête de naissance divine, célébrée de nuit avec chants et rituels, se tenait jadis à Pétra, bien avant les évangiles. Les Nabatéens, peuple antique de l’actuelle Jordanie, honoraient alors un dieu mystérieux : Doushara. Une révélation fascinante qui bouleverse nos certitudes sur les origines de cette tradition millénaire.
Qui étaient les Nabatéens ?
Peuple arabe de l’Antiquité, les Nabatéens ont dominé un vaste territoire entre le sud de la Syrie et l’oasis d’al-Ula, en Arabie Saoudite, de la fin du IVe siècle av. J.-C. jusqu’à leur annexion par Rome en 106 ap. J.-C.
Leur capitale, Pétra – aujourd’hui célèbre pour ses temples sculptés dans la roche – était le cœur vibrant de leur civilisation. Leur roi, à la tête d’une armée puissante, était surnommé « roi des Arabes », selon l’historien Flavius Josèphe. Il ne régnait pas uniquement sur les Nabatéens, mais aussi sur plusieurs peuples vassaux.
Doushara : le dieu du sommet
Le dieu majeur des Nabatéens s’appelait Doushara. Ce nom n’est pas un prénom divin classique comme Zeus ou Jupiter. Il signifie « celui du Shara », en référence à une montagne sacrée près de Pétra.
Proche, symboliquement, du mont Sinaï dans l’Exode biblique, ce sommet faisait de Doushara un être céleste et inaccessible. Comme le Dieu des Hébreux, Doushara n’avait pas de visage ni de statue. Une similitude frappante entre deux grandes traditions sémitiques.
Un culte autour des pierres sacrées
Les Nabatéens ne représentaient pas leur Dieu avec des images humaines. Leur pratique religieuse tournait autour des bétyles, pierres sacrées dressées verticalement. Le mot nébateen utilisé était nésiba, signifiant simplement « verticale, dressée ».
- Le principal bétyle était dans le temple de Qasr al-Bint à Pétra.
- Il mesurait environ 1,20 mètre de haut pour 60 centimètres de large.
- De couleur noire, il pourrait avoir été taillé dans une météorite.
Les rituels ? Des sacrifices d’animaux (bœufs, brebis, chameaux), dont le sang aspergeait la pierre, symbole visible du dieu. Ces cérémonies avaient lieu sur un autel en marbre, à l’extérieur du temple, en présence du peuple et des souverains.
Une « naissance divine » célébrée de nuit
C’est ici que l’histoire devient vraiment étonnante. Au IVe siècle, le théologien chrétien Épiphane de Salamine rapporte qu’une fête nocturne, célébrant la naissance de Doushara, se déroulait chaque année à Pétra et ailleurs.
Durant cette fête, les fidèles chantaient un hymne dédié à la mère de Doushara, appelée Chaamou – ce qui signifie « jeune fille » ou « vierge » en arabe. Le dieu était lui-même appelé « l’Unique enfant du Seigneur ». Ça ne vous rappelle rien ?
Oui, ce récit évoque clairement la nativité chrétienne : naissance d’un enfant divin d’une vierge. Sauf que cette tradition précède de plusieurs siècles celle de la naissance de Jésus-Christ. Et elle se déroulait déjà à Pétra, à Elousa dans le Néguev, et même à Alexandrie, dans un sanctuaire dédié à la déesse Koré – équivalent grec de Chaamou.
Doushara, une figure divine universelle ?
Avec le temps, et les contacts avec la culture grecque, les Nabatéens ont trouvé à Doushara des équivalents dans le panthéon hellénique. Il était associé à :
- Dionysos, dieu du vin et de la végétation
- Zeus, père des dieux, maître de l’Olympe
Selon cette logique symbolique, Doushara pouvait être à la fois le fils unique et le père suprême. Un jeu de miroir troublant que l’iconographie chrétienne adoptera plus tard avec une figure « une et trinitaire ».
Noël, une idée plus ancienne que prévue ?
On le voit : la fête de la naissance d’un dieu né d’une vierge, célébrée dans la nuit, avec chants, encens et prières, n’est pas née avec le christianisme. Les Nabatéens pratiquaient déjà ce culte bien avant la Nativité de Jésus.
Épiphane, loin de le nier, cherchait justement à discréditer ces traditions qu’il jugeait païennes… peut-être parce qu’elles menaçaient la singularité du message chrétien à ses débuts.
Conclusion : une tradition partagée entre les peuples
Fêter la naissance d’un sauveur, célébrer l’espoir dans les ténèbres de l’hiver… Des peuples très différents l’ont fait bien avant nous, sous d’autres noms, d’autres formes. Les Nabatéens nous rappellent que les religions s’entrelacent souvent, se répondent et s’inspirent les unes des autres dans des échanges profonds, parfois oubliés.
Noël, peut-être, est le fruit d’une longue mémoire commune… bien plus ancienne que ce que l’on croit.




